Toutes les cartes de champignons affichent un chiffre. Presque aucune ne dit comment elle l'obtient, « intelligence artificielle » y tient lieu de méthode, ce qui revient à demander qu'on fasse confiance sans rien donner à vérifier. Cette page fait l'inverse : elle publie les cinq facteurs du score Champiscope, leurs seuils exacts, la façon dont ils se composent, la courbe saisonnière qui les plafonne, et, c'est la partie que personne n'affiche, ce que la méthode ne sait pas faire.
Il n'y a pas d'IA derrière ce score, et c'est délibéré. Ce sont des heuristiques mycologiques classiques, écrites à la main, calées sur les espèces automnales. Un réseau de neurones donnerait peut-être un chiffre plus fin ; il ne serait ni explicable, ni contestable par un cueilleur qui connaît son massif mieux que nous.
La question à laquelle le score répond
« Les conditions du dernier mois rendent-elles une fructification probable ici, aujourd'hui ? », rien de plus, et il vaut la peine de mesurer combien c'est plus étroit que « y a-t-il des champignons ». Le score ignore si le mycélium est présent sous vos pieds, si le massif a été coupé l'an dernier, et si trois voisins y sont passés hier matin. Il note un contexte météorologique, sur une maille de quelques kilomètres, et il le note de la même façon pour tout le monde.
C'est déjà beaucoup : c'est la différence entre sortir au hasard un dimanche et sortir le bon dimanche. Ce n'est pas une garantie, et aucune page de ce site ne prétendra le contraire.
Les quatre facteurs météo, et pourquoi ils se multiplient
Chacun est ramené à une qualité de 0 à 100 %, puis les quatre sont multipliés, pas additionnés. Le résultat est la qualité des conditions, un nombre qui ne connaît pas encore la saison, et qui ne peut jamais dépasser son maillon le plus faible.
La première version du score les additionnait avec des poids (la pluie pour 40 %, l'humidité pour 25 %…). Elle a été abandonnée le 6 septembre 2026 après une sortie bredouille annoncée à 85/100 : une somme pondérée compense, une belle averse et une saison à 90 y faisaient un beau chiffre quel que soit l'état du sol. Or un sol sec n'est pas un facteur moins bon parmi d'autres, c'est un interrupteur : il n'y a pas de fructification sans eau dans l'horizon où vit le mycélium, même en octobre, même après une belle pluie.
Réserve en eau de la litière
Le facteur qui bloque
Un seau de 40 mm simulé jour par jour sur les 30 derniers jours : la pluie y entre, 70 % de l'évapotranspiration de référence (ET0) en sort, et l'excédent percole sans compter. On lit son niveau la veille du jour noté.
Au moins 60 % de la capacité : litière humide, facteur à 100 %.
De 35 % à 60 % : litière fraîche, facteur à 75 %.
De 20 % à 35 % : litière en train de sécher, facteur à 40 %.
Moins de 20 % : litière sèche, facteur à 12 %.
Pourquoi : C'est la mémoire du sol, et c'est ce qui manquait à la première version du score. Le 6 septembre 2026, elle notait Blois 85/100 sur la foi d'un épisode de 27 mm tombé huit jours plus tôt, sans voir les six semaines de sécheresse qui l'avaient précédé ni les huit jours de chaleur qui l'avaient suivi. Sur place, une litière poussière. Une averse qui tombe sur un sol desséché réhydrate d'abord la litière, puis repart en vapeur : elle n'atteint l'horizon où vit le mycélium que si le seau était déjà à moitié plein.
Pluie déclenchante
Le signal
Le meilleur cumul sur trois jours glissants, cherché entre 5 et 14 jours avant la date notée.
En dessous de 5 mm sur la fenêtre : aucun épisode significatif.
La qualité monte linéairement jusqu'à 25 mm, où elle est maximale.
Hors de la fenêtre de latence de 7 à 12 jours, elle est multipliée par 0,65.
Elle ne survit qu'à 40 % si la litière a séché entre l'épisode et aujourd'hui ; le reste est proportionnel aux jours restés au moins frais.
Sans épisode, une litière humide garde 35 % de potentiel : la pousse continue par vagues sous la bruine d'octobre.
Pourquoi : Le mycélium est présent toute l'année et attend une recharge en eau pour fructifier. La primordia met ensuite une à deux semaines à devenir un champignon ramassable, d'où la latence, qui est la donnée que les bulletins météo ne donnent jamais. Mais la pluie amorce, elle ne garantit pas : les primordia initiés par un orage avortent si la litière sèche dans la semaine qui suit, et c'est le scénario type de la sortie bredouille de fin d'été.
Température
Les interrupteurs
Moyenne des cinq derniers jours, avec trois ruptures franches, le jour noté compris pour la chaleur et le gel.
Gel marqué (≤ -2 °C) : facteur à zéro, la pousse est stoppée.
Pic à 30 °C ou plus sur les trois derniers jours ou le jour même : 30 %.
3 jours ou plus à 27 °C sans pic : la litière ne récupère plus la nuit, facteur multiplié par 0,7.
Moyenne entre 10 et 18 °C : facteur plein. Entre 6 et 24 °C : 70 %. Ailleurs : 20 %.
Pourquoi : Le gel et la canicule ne sont pas des degrés « moins bons », ce sont des interrupteurs : le premier détruit les primordia en place, la seconde suspend la fructification. Un modèle qui les traiterait en dégradé continu annoncerait des pousses en pleine vague de chaleur. Et une série d'après-midi à 28 °C, sans jamais toucher 30, dessèche autant qu'un pic : c'est ce qui a été ajouté en septembre 2026.
Vent desséchant
Le correctif
Jours des 4 derniers avec des rafales ≥ 45 km/h et moins de 1 mm de pluie.
Aucun jour : facteur plein. Un jour : 70 %. Deux ou plus : 20 %.
Pourquoi : C'est le facteur qu'on oublie, et celui qui explique le plus souvent une sortie bredouille après une bonne pluie : le vent sec assèche la litière en surface, exactement là où sortent les primordia. Il corrige rarement, mais quand il corrige, il a raison.
Le cinquième facteur
La saison ne pondère pas, elle plafonne
Les quatre facteurs météo peuvent être parfaits en février : il ne poussera presque rien. La saison n'est donc pas un cinquième ingrédient qu'on mélange aux autres, c'est un plafond qu'on leur applique. Le score final vaut le poids du mois, multiplié par la qualité des conditions, multiplié par 1,15, ce dernier correctif rendant le haut de l'échelle atteignable en cœur de saison. Le poids du mois vaut au 15 et il est interpolé au jour près entre deux mois : le 1er septembre ressemble au 31 août, pas au 15 septembre.
Conséquence assumée : notre score est bas en hiver, même quand la météo est bonne. C'est une décision, pas un défaut. Un outil qui annoncerait 80/100 un 3 février pour entretenir l'engagement se ferait démentir par la première sortie.
Janvier15
Février10
Mars20
Avril30
Mai35
Juin50
Juillet55
Août65
Septembre90
Octobre100
Novembre85
Décembre35
Poids saisonnier au 15 de chaque mois, métropole, toutes espèces confondues
Ce que valent les paliers
Quatre paliers, deux vocabulaires. Les fiches ville parlent de fenêtre, « est-ce le bon jour ? », et les cartes de favorabilité, « cette zone vaut-elle le déplacement ? ». Ce sont les mêmes seuils appliqués au même chiffre : une maille « Très favorable » et une jauge « Fenêtre idéale » disent exactement la même chose.
Score
Sur une fiche ville
Sur une carte
75 – 100
Fenêtre idéale
Très favorable
50 – 74
Pousse probable
Bonne
25 – 49
Pousse possible
Mitigée
0 – 24
Pousse improbable
Défavorable
Le même moteur, décliné par espèce
Le moteur est calé sur les espèces automnales, cèpes en tête. Quand vous choisissez une espèce sur la carte des pluies, le calcul défait le plafond saisonnier générique pour retrouver la qualité brute des conditions, puis le recompose avec la saison propre de l'espèce et son affinité au couvert du massif le plus proche. C'est le cas des morilles qui l'impose : en avril, le score toutes espèces est plafonné à 30 alors que c'est leur pic.
Approximation assumée : les quatre facteurs météo, eux, ne sont pas déclinés. Les morilles préfèrent des températures plus basses que les cèpes, et le modèle ne le sait pas encore. Quand la maille n'a aucune forêt publique nommée à moins de douze kilomètres, l'affinité au couvert est modulée prudemment plutôt que tranchée.
Les données, et à quelle finesse
Météo : Open-Meteo
Pluie, températures, rafales et évapotranspiration de référence, sur trente jours passés et sept jours de prévision. Open-Meteo retient pour chaque point le modèle le plus fin disponible, sur la France, les modèles de Météo-France à quelques kilomètres de résolution. C'est une reconstitution : excellente sur un épisode étendu, faillible sur une cellule orageuse de deux kilomètres. Si vous avez vu tomber l'averse et que la maille ne la voit pas, c'est vous qui avez raison.
Couvert : masque forestier de l'IGN
Forêts privées comprises, l'essentiel de la forêt française. Chaque maille est relevée en vingt-cinq points, et non en un seul : un relevé unique tomberait dans une clairière ou sur un pare-feu et déclarerait « hors forêt » le cœur d'un massif. La part boisée qui en résulte est affichée telle quelle dans le relevé de chaque maille.
Massifs : forêts publiques nommées
Le massif le plus proche, son statut (domaniale, communale) et son type de peuplement viennent de la couche des forêts publiques. Son absence ne signifie pas qu'il n'y a pas de bois : elle signifie qu'il est probablement privé, et que la cueillette y demande l'accord du propriétaire.
Finesse : de dix-sept à deux kilomètres
La maille suit le zoom : environ dix-sept kilomètres pour survoler une région, jusqu'à deux kilomètres sur un massif. On ne descend pas plus bas parce que le modèle météo lui-même n'est pas plus fin. Afficher des mailles de cinq cents mètres reviendrait à promettre une précision qui n'existe pas, c'est un choix d'honnêteté, pas une limite technique.
Le plus important de cette page
Ce que la méthode ne sait pas faire
Elle ignore si le mycélium est là. C'est la limite mère, dont toutes les autres découlent. Le score note des conditions ; la présence d'un réseau mycélien installé sous vos pieds, il ne la mesure pas et ne peut pas la mesurer. Un coin connu à 40/100 vaut mieux qu'un inconnu à 90.
Elle ne connaît ni le sol, ni l'altitude, ni l'exposition. Un versant nord à mille mètres et une plaine calcaire reçoivent le même score s'ils reçoivent la même pluie. Sur un massif de montagne, décalez mentalement la saison de deux à trois semaines.
Elle est calée sur les espèces automnales. Cèpes, girolles, trompettes, pieds-de-mouton : le modèle les décrit correctement. Les morilles et les mousserons de printemps passent par la déclinaison par espèce, qui corrige la saison mais pas les seuils de température.
Elle ne sait rien de la pression de cueillette. Une forêt périurbaine bien notée un samedi de mi-octobre aura été visitée trois fois avant vous. Le modèle ne compte pas les voitures sur le bas-côté.
Elle n'est pas encore validée par le terrain. C'est le chantier honnête à annoncer : les trouvailles datées que vous consignez dans votre carnet permettront, agrégées et anonymisées à l'échelle du département, de confronter le score prédit à ce qui a réellement poussé, et de corriger les poids sur des paniers plutôt que sur des intuitions. Tant que ce n'est pas fait, le modèle repose sur la littérature mycologique et sur l'expérience, pas sur une mesure de sa propre justesse. Nous le dirons le jour où ce sera le cas.
Questions fréquentes sur le score
Le score de pousse Champiscope utilise-t-il une intelligence artificielle ?
Non, et c'est un choix. Le score est une composition d'heuristiques mycologiques écrites à la main : réserve en eau de la litière, pluie déclenchante, température, vent, saison, chacune avec des seuils publiés, multipliées entre elles pour qu'un sol sec ne soit jamais compensé par une belle saison. Un modèle statistique donnerait peut-être un chiffre plus fin, mais il ne pourrait ni être expliqué, ni être contredit par un cueilleur qui connaît son massif.
D'où viennent les données météo du score de pousse ?
D'Open-Meteo, qui retient pour chaque point le modèle le plus fin disponible, sur la France, les modèles de Météo-France à quelques kilomètres de résolution. Le couvert forestier vient du masque de l'IGN, forêts privées comprises. Aucune donnée n'est relevée sur le terrain : ce sont des reconstitutions de modèle, très bonnes sur les épisodes étendus, moins sûres sur une cellule orageuse isolée.
Pourquoi un score de 100 ne garantit-il pas de trouver des champignons ?
Parce que le score note les conditions, pas la présence du mycélium. Il dit qu'il aurait dû pousser quelque part dans la maille : il ignore si le massif a été coupé, s'il a été cueilli la veille, et si l'espèce visée y a jamais poussé. Un score élevé transforme une sortie au hasard en sortie renseignée, il ne remplace pas la connaissance d'un coin.
Combien de jours après la pluie faut-il aller aux champignons ?
Sept à douze jours pour les espèces automnales classiques, c'est la fenêtre de latence retenue par le modèle. Un épisode plus récent que sept jours est une promesse dont le score tient compte à un tiers de moins, parce que les champignons n'ont pas fini de sortir ; passé quatorze jours, l'épisode n'est plus compté du tout. Et la latence ne vaut que si la litière est restée humide entre-temps : huit jours de chaleur après l'averse annulent la promesse.