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Passé les gelées de novembre, la plupart des cueilleurs rangent le panier jusqu'au printemps. C'est une erreur de calendrier : la forêt d'hiver produit encore, simplement ailleurs. Le sol gèle, mais le bois mort garde son humidité et sa température — et c'est là que se joue la saison froide.
Les grandes espèces d'automne sont mycorhiziennes : elles dépendent d'un arbre vivant dont l'activité s'arrête en hiver, et elles fructifient dans un sol qui gèle. Elles s'arrêtent donc.
Les espèces hivernales sont pour la plupart saprophytes lignicoles : elles décomposent du bois mort. Le bois est un réservoir d'eau, il gèle plus lentement que le sol, et il n'attend pas la sève d'un arbre hôte. Résultat : la production continue, sur souches, troncs couchés et arbres morts sur pied.
Conséquence pratique immédiate : en hiver, on ne regarde plus par terre, on regarde à hauteur d'yeux.
Pleurotus ostreatus. Le meilleur comestible de l'hiver, et le plus productif. En touffes étagées sur troncs et souches de feuillus — peuplier, hêtre, saule, frêne. Chapeau en coquille gris à brun-gris, lames blanches très décurrentes, pied court et latéral.
Il apprécie franchement le froid : les grosses poussées suivent souvent un redoux après une période de gel. Une souche productive donne pendant des années, plusieurs fois par hiver.
À la cuisine : jeunes exemplaires uniquement, les vieux devenant coriaces ; cuisson vive et bien sèche.
Flammulina velutipes. Petit champignon orange miel à chapeau visqueux et pied brun foncé velouté, en touffes sur bois de feuillus, souvent sur saules et peupliers. C'est l'ancêtre sauvage de l'enoki cultivé.
Elle fructifie en plein hiver, y compris après des gelées sévères. On ne consomme que les chapeaux, les pieds étant coriaces.
Vigilance : elle pousse dans les mêmes situations que des galères brunes toxiques et mortelles. Le pied velouté brun-noir, la viscosité du chapeau et la sporée blanche sont les critères. En cas d'hésitation, on fait vérifier — voir faire identifier ses champignons.
Auricularia auricula-judae. Gélatineuse, brune, en forme d'oreille, sur bois mort de sureau principalement. Présente toute l'année, elle est surtout visible en hiver quand le reste a disparu. C'est le champignon noir de la cuisine chinoise : peu de goût, une texture croquante, et l'avantage de sécher et de se réhydrater parfaitement.
Tremella mesenterica (trémelle mésentérique), masses gélatineuses jaune vif sur branches mortes ; Tremella fuciformis, blanche. Comestibles sans grand intérêt gustatif, mais spectaculaires — elles se dessèchent en croûte puis regonflent après une pluie, ce qui les rend visibles toute la mauvaise saison.
Peziza et espèces proches, dont la pézize veinée, en coupes brunes sur sol et bois pourrissant dès la fin de l'hiver. Comestibles cuites pour certaines, sans grande valeur — mais ce sont les premières annonciatrices de la saison des morilles, dont elles partagent souvent les milieux perturbés. Voir une pézize, c'est savoir qu'il faut revenir dans trois semaines.
Lepista nuda. Espèce tardive plutôt qu'hivernale, mais qui donne encore en décembre en climat doux, dans les lisières, les haies et les tas de feuilles. Chapeau et pied violacés, chair épaisse, odeur agréable. Cuisson obligatoire — il est indigeste cru. Fiche : pied bleu.
Le gel n'anéantit pas tout, et c'est la clé de la cueillette hivernale :
Le score de pousse reste utile en hiver, à ceci près qu'il faut lire les températures dans l'autre sens : ce n'est plus la chaleur qui bloque, c'est le gel prolongé.
Les mois froids sont le meilleur moment pour repérer. Sans feuilles ni fougères, la structure de la forêt est lisible : essences, relief, coupes récentes, souches, ripisylves. C'est aussi le moment de mettre son carnet au propre, d'identifier l'ordre dans lequel ses places se déclenchent, et de préparer les tournées de la saison suivante — la méthode est détaillée dans retrouver ses coins à champignons.
Fin février, les premières pézizes annoncent le printemps, et la saison recommence avec les morilles.
Le coin matériel
Les meilleures pousses arrivent dans les fonds humides quatre jours après la pluie. C'est exactement là où les chaussures de rando prennent l'eau.
Voir sur AmazonSert surtout à écarter les fougères et la ronce sans se baisser — on repère deux fois plus de chapeaux à la même vitesse de marche.
Voir sur AmazonUn coin retrouvé l'an prochain vaut mieux qu'un coin oublié. Le téléphone suffit tant qu'il a de la batterie et du signal ; sous couvert dense, souvent ni l'un ni l'autre.
Voir sur AmazonLa bonne fenêtre de pousse tombe rarement un jour sec. Une coque respirante évite d'écourter la sortie au premier grain.
Voir sur AmazonDe septembre à février, la forêt est partagée avec les battues. L'orange fluo n'est pas une précaution excessive, c'est la base.
Voir sur AmazonLe GPS du téléphone et le froid vident une charge en une matinée. Sans batterie, plus de carte, plus de photos, plus d'appel en cas de pépin.
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